Traduit de l’italien par Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone
Alessandro Giraffi, tel un John Reed du XVIIe siècle, nous décrit dans ces pages palpitantes l’histoire jour par jour, pour ainsi dire d’heure en heure, de la révolution napolitaine, qui, d’émeutes en coups de mains, de négociations houleuses en affrontements armés, s’enfle et grossit au point d’expulser un temps la vice-royauté de la ville.
En cette année 1647, Naples est l’une des plus grandes villes d’Europe, l’une des plus populeuses aussi. Capitale du royaume des Deux-Siciles, domaine du roi d’Espagne, elle est administrée par un vice-roi nommé par la couronne madrilène. Mais la domination espagnole, relayée peu ou prou par l’aristocratie et les ecclésiastiques locaux, pèse sur le peuple. Les taxes se font toujours plus lourdes, toujours plus nombreuses, et à l’été de cette année-là, suite à une nouvelle taxe sur les fruits, la révolte éclate.
Un obscur pécheur, fils d’une prostituée, prend à sa charge d’organiser la protestation en rassemblant à ses côtés les lazzaroni de Naples. Tommaso Aniello, dit Masaniello, se propulse alors, en dix jours d’une révolution populaire violente et radicale, à la tête d’une éphémère « République royale de Naples », comme on l’appela étrangement parfois. Mais Masaniello, parvenu brusquement au faîte d’une puissance absolue, semble avoir basculé dans une démence sanguinaire. Et ce sont ceux-là mêmes qui l’ont soutenu dans son ascension qui vont, tournant casaque, littéralement le massacrer.
Dès lors, Masaniello devint une figure populaire de la Naples frondeuse, personnage énigmatique, à la fois allégorie christique dévouée à la cause du peuple napolitain jusqu’à en mourir, et tyranneau atteint d’une folie hystérique incapable de supporter le poids du pouvoir sans borne qui lui aura échu.
Alessandro Giraffi, ou Scipione Napolini, narrateur demeuré inconnu par ailleurs, a écrit ce récit à chaud, l’année même de la révolution. Son ouvrage fut aussitôt traduit en anglais, en 1648, à l’époque où la Grande-Bretagne connaissait elle aussi des mouvements de « Nivelleurs ». Témoignage haletant sur une crise sociale et politique majeure très méconnue, le récit vibrant de cette révolte populaire est aussi l’histoire de l’élévation puis de la déroute d’un homme lancé à corps perdu dans les méandres dangereux de la lutte pour le pouvoir et la liberté.
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