Préface d’Éric Lisøe.
Ce Voyage à Visbecq est un roman surréaliste écrit par un auteur anonyme belge vers 1793 et jamais publié jusqu’à ce jour. Découvert par hasard sous forme d’un manuscrit relié chez un libraire spécialisé Quai des Grands Augustins à Paris il y a quelques années, ce petit livre est le récit halluciné d’un voyage au centre de la Terre.
Suivons à grands traits les péripéties du narrateur pour se persuader de l’extraordinaire de la découverte...
Dans l’attente d’un rendez-vous qu’il a pris avec quelques amis au château de Visbecq près de Bruxelles, le narrateur anonyme (un très jeune homme sans doute) décide de faire passer le temps au moyen d’une forte dose d’opium. Il se met cependant en route avec un peu d’avance, mais, en chemin, il chute malencontreusement dans un puits. De là, il opère une longue glissade dans les ténèbres, se heurte à une barrière d’éléphants (orange) en pierre, puis à une même barrière de lions (verts) qui le laisse passer de la même façon et se retrouve à califourchon sur le dos d’un oiseau qui le dépose au pied d’un arbre. Il est aussitôt arrêté par les sbires de la reine de ce monde du centre de la terre, éclairé par un astre vert, et jeté en prison avec d’autres aventuriers dans une cheminée gardée par des loups-garous. Les captifs décident de s’enfuir par le moyen d’un ballon volant confectionné avec leurs vêtements, et gonflé de l’air d’une orgue. Les aventures de notre héros s’emballent alors dans un tourbillon d’épisodes mêlant magiciens orientaux, palais cachés au creux d’un ver luisant et paysages étranges où les lapins poussent sur les arbres...
Un roman surréaliste entre Sterne et Nodier
Si l’on concède volontiers que la structure narrative du roman est quelque peu hésitante, incohérente même par moment, il n’en demeure pas moins que le Voyage à Visbecq, emporté par une gaîté de ton jamais démentie, laisse stupéfait. Le merveilleux, le fantastique et l’onirique additionnent les aventures du Baron de Münschausen avec celle d’Alice de Lewis Carrol à l’écriture automatique prônée par Breton. Une littérature indéterminée qui s’introduit ainsi avec malice, après deux siècles de sommeil, dans la foire des météores littéraires sans âge.
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