Suivi de L’Unique femme par Stéphane Sanchez
Traduit du valencien par Marie-Noëlle Costa
Voici, si l’on veut, un traité universel de détestation des femmes ; ou, si l’on préfère, le premier roman bourgeois. Le Miroir se présente comme une mise en garde délivrée par un vieillard centenaire à toute la gent masculine à l’encontre des femmes. Jaume Roig, médecin de son état, y invente le roman picaresque, mêle les genres et file les métaphores dans une langue somptueuse et assassine. Mais à travers ce Miroir, évoquant par moments François Villon ou Rabelais, c’est toute la question du désir et de la possibilité de l’amour en Occident qui se trouve réfléchie.
Un chef-d’œuvre de la littérature du Siècle d’or catalan
Maltraité par sa mère, floué par ses maîtresses au temps de son aventureuse jeunesse, trompé et trahis par ses épouses successives, un vieillard centenaire dispense ses conseils acerbes à la gent masculine... De ce roman à la fois picaresque et bourgeois composé en vers au XVe siècle, Marie-Noëlle Costa donne une traduction en prose où se mêlent dans une langue jouissive la cruauté de Sade et l’humanisme de Rabelais. Jaume Roig nous livre ici un roman polymorphe dans lequel l’autobiographie devient sermon, et où l’évocation du quotidien le plus trivial, digne de François Villon, précède un éloge de « l’unique femme ».
Aux sources de la misogynie en occident
La satire caustique ainsi construite traduit une volonté amère de diaboliser l’être féminin rendu contraire et rejeté dans une détestable altérité, comme un reflet qu’il serait impossible d’assumer. Les jeux réflexifs s’articulent et rebondissent dans le roman de Roig, qui charrie avec lui des enjeux littéraires, psychologiques et philosophiques très contemporains. Car cette somme encyclopédique de la misogynie est à la fois une invitation à nous regarder dans ce Miroir médiéval et une pièce considérable de l’histoire des relations entre les sexes et de la domination masculine.




