Traduit du catalan par Jean-Marie Barberà.
Préface d’Anton M. Espadaler, postface de Michel Balivet.
Bref roman écrit au XIVe siècle par un auteur anonyme catalan, Jacob Shalabin est une œuvre pour le moins déroutante. Les héros de ce récit entièrement situé dans le monde turc sont des personnages historiques de l’Empire ottoman projetés dans un conte populaire mêlant le folklore occidental, Les Mille et Une Nuits et la dure réalité de l’époque. Mais c’est aussi un authentique et savoureux roman d’aventures, une mascarade avec chevauchées et intrigues amoureuses tragicomiques, un divertissement que l’on pourrait aussi à bon droit qualifier de « premier roman orientaliste ».
Un conte populaire ? Un roman d’amour ? Un roman historique ? Une fiction chevaleresque ? Un récit édifiant ? Ou encore un épisode adapté des Mille et une nuits ? On ne sait trop comment qualifier ce mystérieux Jacob Shalabin, écrit au XIVe siècle, en catalan, par un auteur anonyme, et qui se déroule dans un orient turc romanesque d’une facture pourtant réaliste.
L’argument en est en tout cas aussi simple qu’efficace : Jacob Shalabin, fils du sultan Mourad, est en butte aux très indécentes avances de sa marâtre. Éconduite, elle le menace de mort. Il s’enfuit alors en compagnie de son ami Ali Pacha, le fils du vizir, et s’en va courir les routes dans les principautés du Sud, où il rencontre - au gré de nombreuses péripéties - sa dulcinée, qu’il revient épouser à la cour de son père suite au décès opportun de son horrible belle-mère. Mais l’Histoire le rattrape à la bataille du Chant des Merles, mieux connue sous le nom de Kosovo Spoljie, ou « Bataille de Kosovo », dont le vainqueur inattendu est le nouveau sultan, Bajazet, dit La Foudre, de sinistre réputation, et pas seulement dans le monde chrétien.
On pourrait reconnaître ici certains motifs des récits affabulateurs du Moyen Âge occidental, porteurs d’une prolifique tradition folklorique, mais là n’est pas le plus remarquable : chaque personnage de cette « histoire turque » a réellement existé. Et le monde turc tel qu’il nous est donné à lire par un auteur chrétien s’adressant à des chrétiens est bel et bien le reflet d’un monde véridique, connu sans aucun doute en profondeur par le narrateur.
Celui-ci sut employer son savoir intime du monde turc naissant pour nous donner à lire un authentique et savoureux roman d’aventures - avec cavalcades et intrigues amoureuses comiques ou dramatiques -, une fiction récréative que l’on pourrait à bon droit qualifier de premier roman orientaliste. On se prend en effet à rêver, à la lecture de Jacob Shalabin, sur le parcours qui conduisit, du Golfe du Lyon à la mer Égée, son auteur à écrire cet étrange roman.
Anton M. Espadaler situe, dans sa préface, l’œuvre dans la florissante littérature catalane de ce temps, et Michel Balivet, dans une postface alerte, l’inscrit dans un univers historique et littéraire où la poésie d’origine turco-mongole se juxtapose à la prose catalane.
Jean-Marie Barberà a déjà traduit aux éditions Anacharsis Les Almogavres, L’Expéditions des Catalans en Orient, de Ramon Muntaner (2002), et Tirant le Blanc, de Joanot Martorell (2003).
Anton M. Espadaler est professeur de littérature médiévale à l’Université de Barcelone. Il est l’auteur de nombreux essais, dont une Histoire de la littérature catalane.
Michel Balivet est historien. Il est l’auteur aux éditions Anacharsis de La peur du Turc, postface à l’ouvrage de Georges de Hongrie, Des turcs, Traités sur les mœurs, les coutumes et la perfidie des Turcs (2003).




