Mika Biermann

Reportage de Metropolis, Arte : La Marseille de Mika Biermann

Lecture de Booming à la RTS par Chrystelle André pour l’émission Cortex.

Après des études à l’université des Beaux-Arts de Berlin, Mika Biermann s’installe à Marseille où il apprend le français. Il explore successivement la peinture, la photo, le dessin et l’écriture. Aujourd’hui, il est conférencier aux musées de la ville de Marseille dans des domaines aussi variés que la mythologie de l’ouest dans l’art américain, Van Gogh-Monticelli, Bernard Buffet...

Mika Biermann développe, en français, une œuvre littéraire des plus originales dans le paysage contemporain. Il détourne les codes du western et se moque du temps dans ­Booming  : l’arrêtant, l’accélérant, le retournant à sa guise et sans coup férir. Avec Un Blanc, expédition polaire déjantée, l’espace se trouve sens dessus dessous. Quel nouveau genre à détourner pour son troisième roman chez Anacharsis  ? Le péplum  ! Et c’est au tour des personnages de brouiller les pistes dans Roi.
Il est aussi l’auteur de trois romans chez POL, Palais à volonté, Mikki et le village miniature et Sang, et de Ville propre chez La Tangente.


Extrait de l’interview de Mika Biermann à La Femelle du requin
Envisagez-vous votre écriture comme un geste, comme un geste d’art plastique  ?
Mon premier désir artistique était de devenir peintre. J’ai d’ailleurs fait les Beaux-Arts à Berlin et à Luminy. J’ai travaillé comme dessinateur, artiste­ peintre, j’ai fait des collages. Je n’aurais jamais cru qu’un jour j’écrirais. C’est venu par hasard parce que, quand je me suis fâché avec une voisine, cette jolie dame m’a dit  : «  Puisque c’est fini, je ne veux plus jamais te croiser dans la cage d’escalier  !  » Le lendemain, j’ai acheté à un copain une camionnette de chantier, deux mètres carrés à l’arrière. Je l’ai un peu aménagée et, pendant deux ans et demi, j’ai vécu sur la route. À cause du manque d’espace, je ne pouvais plus peindre, ni même dessiner, mais je pouvais écrire. C’est aussi bête que ça. J’avais un carnet de dessin où j’ai commencé à écrire les petites histoires qui sont devenues Les Trente Jours de Marseille. Et j’ai découvert que les mots sont de très jolies couleurs avec lesquelles on peut faire de très jolis tableaux. Ça m’amuse toujours beaucoup de faire des tableaux en écrivant. Mais je suis en même temps parfaitement conscient du danger des couleurs. «  Elle était rouge  », ça ne veut rien dire. «  Elle était rouge comme une tomate  », c’est déjà un peu mieux mais ce n’est pas génial. Rilke a fait des poèmes entiers avec des tas de couleurs, et évidemment c’est extrêmement fade. Il ne suffit pas de dire que quelque chose est bleu ou rouge pour que ça devienne beau, ce n’est pas une qualité très parlante.

Une image comme «  Pendant longtemps, elle avait porté sa beauté comme un verre de lait rempli à ras  », dans Sangs, est-ce une façon de faire parler la couleur  ?
Il y a cette idée de la blancheur, de la beauté diaphane. un peu pâle… Et un verre plein, on le porte avec précaution, donc le personnage a peut-être une démarche particulière. C’est plutôt rare que je travaille l’image. Je dois juste trier parmi celles qui me viennent, certaines sont vraiment bidon. Les lectures aident peut-être. Pas pendant la phase d’écriture, mais avant, après, il y a longtemps et demain. Lire de bons auteurs, qui à mes yeux savent écrire le français, apporte énormément. Le plus grand prosateur en langue française, en tout cas celui qui me surprend le plus dans ses images, c’est Charles-Albert Cingria. Ne parlons pas de ses affres politiques, mais quand je lis des textes de Cingria, je jubile, à cause de ses images. Avec un ami, Jean­-Roch Siebauer, dont Ici sont les lions. Manuel de navigation aléatoire est paru en mars 2018 chez Anacharsis, on a lu un petit texte de Cingria, qui raconte une promenade dans le Haut-Valais, de Sierre à la source du Rhône. On prend nos vélos sous le bras, on descend à Sierre et on s’engage dans la vallée. On a retrouvé des endroits que Cingria décrit. À un moment donné, il écrivait  : «  les vautours permanent au flanc des montagnes  », il a inventé le verbe «  permaner  ». Quand on est arrivé à l’endroit, on a tout de suite absolument compris ce qu’il voulait dire, parce qu’il n’y avait pas de vautours, mais l’image était tellement exacte qu’on a éclaté de rire. C’était une journée heureuse  !


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Dossier de presse Mika Biermann