Traduit du portugais par Sandra Rodrigues de Oliveira
Qui fut véritablement João Bermudes ? Personne ne le sait vraiment. Il arrive en Éthiopie dans les années 1520, dans les bagages d’une ambassade portugaise qui comptait se faire de l’Éthiopie chrétienne une alliée contre les Turcs. À cette époque, Bermudes occupe un rôle pour le moins accessoire, sinon subalterne – barbier, peut-être – dans l’ambassade, on ne sait au juste.
Il réapparaît à Rome près de vingt ans plus tard, comme ambassadeur de l’empereur éthiopien lui-même, que l’Occident appelle le Prêtre Jean. Bermudes est venu chercher de l’aide (militaire) auprès du roi du Portugal pour son nouveau maître, qui, nous dit-il, l’a nommé « Patriarche ». C’est ici que réside la magistrale imposture de João Bermudes : auréolé de ce titre de pure fantaisie de Patriarche du Prêtre Jean, il fait admettre sa titulature à Rome et obtient du Portugal une troupe armée pour porter secours à l’Éthiopie. Il en sera bien entendu le contrôleur des âmes, et le maître politique…
Dès son arrivée dans une Éthiopie en prise aux attaques de princes locaux, les difficultés commencent. Les capitaines de ses troupes se disputent les honneurs du commandement et des soupçons leur viennent : comment un homme sorti de rien peut-il être devenu le confesseur, l’âme damnée pour ainsi dire, du roi d’Éthiopie ? Et puis les Éthiopiens ne sont-ils pas des hérétiques ? João Bermudes lui-même n’a d’évidence rien d’un homme d’Église.
Bref, João Bermudes est suspecté d’imposture, menacé par les indigènes, et doit rentrer au Portugal. C’est là-bas qu’il écrira son œuvre, le récit d’une sorte de Conquista manquée de la Corne de l’Afrique, le plaidoyer d’un homme habile qui, sorti de rien, s’est porté de lui-même au faîte du pouvoir, reconnu par deux empires et la cour de Rome. La réalité est sans aucun doute bien moins brillante et la lecture des péripéties de João Bermudes en Éthiopie laisse entendre comment l’habile homme sut naviguer entre deux eaux, en tenant à distance les envieux de deux mondes qui s’affrontent. Ma géniale imposture amène, entre les lignes, à la découverte des premiers contacts entre l’Éthiopie et le royaume d’Occident, mais aussi à la lecture des mémoires falsifiées d’un aventurier de la plus belle trempe.
D’un orient l’autre
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Mémoires d’un janissaire
Constantin Mihailovic -

Le Voyage d’Orient
Bertrandon de la Broquère -

Les Almogavres
Ramon Muntaner -

Les Derniers Conquistadores
Gabriel Quiroga de San Antonio -

Au jardin d’Eden
Jean de Marignolli -

Captif des Tatars
Johannes Schiltberger -

Des Turcs
Georges de Hongrie -

Le Voyage d’Occident
Nicandre de Corcyre

