
- Paru en mai 2008
- 272 pages
- ISBN : 978-2-914777-45-2
- Prix : 17 €
Traduit de l’italien par Jacqueline Malherbe-Galy et Jean-Luc Nardone.
Cipriano Parodi est submergé par une imagination torrentielle d’où jaillissent des personnages de fiction échappés des plus extravagants romans d’aventures et qui l’obligent à écrire. Si bien que même la prédiction de sa parente la comtesse Zobenigo, lisant au creux de sa main la promesse d’une terrible rencontre à venir, ne parvient pas à le mettre sur ses gardes.
Avec un formidable enthousiasme, et accompagné de la cohorte de ses créatures, il se présente au rendez-vous fixé à New York par Caspar Jacobi, l’Alexandre Dumas des temps modernes… Commence une descente infernale dans les méandres d’un roman machiavélique.
Jeune orphelin issu du patriciat vénitien Capriano Parodi est élevé dans le décor des vieux palais de la sérénissime, par deux tantes, figures tutélaires et opposées, clichés et archétypes des vieilles aristocraties. L’une, Catholica austère, pieuse et rigoriste est garante de la moralité et de la grandeur que doit incarner la noblesse. L’autre, Pagana joyeuse et aux mœurs dissolues, représente un vestige des fastes et de la grandeur passée de la république. Vivant alternativement, six mois chez l’une et six mois chez l’autre, dans cette atmosphère chargée d’histoire et de mystère au bord de cette Méditerranée -marmite dans laquelle se lient les plus subtils mélanges- le jeune Cipriano s’invente, un monde multicolore où son imagination jamais ne se pose. Et ce n’est pas la prédiction inquiétante de la vieille Comtesse Zobenigo, lisant au creux de sa main l’arrivée d’une terrible rencontre, qui modifie son rapport au monde.
Devenu écrivain Cipriano, après le succès d’un premier roman, se voit inviter à New York par le romancier le plus célèbre de son temps, auquel il voue une grande admiration. Caspar Jacobi, nouvel Alexandre Dumas, dont il se croit une sorte de réincarnation, propose à Cipriani d’intégrer son équipe, sorte de scriptorium moderne où chacun, comme dans un monastère, prend part à la composition de l’œuvre. Dans cette équipe Cipriano, qui vient remplacer un jeune écrivain français mystérieusement disparu, a pour tâche de créer des personnages et le ressort des intrigues. D’abord déçu puis fasciné, Cipriano pense pouvoir mener de front son travail pour Caspar et poursuivre son œuvre personnelle. Mais Caspar est une personne exclusive et sa soif de matériaux littéraires est vampirique. Il doit tout prendre, tout connaître, pénétrer au plus profond de sa proie, car c’est bien de ça qu’il s’agit : c’est une toile qu’il bâtît autour de Cipriano, s’immisçant dans tous les aspects de sa vie. Petit à petit le jeune écrivain comprend et accepte l’affrontement. Mais que peut une marionnette qui aurait conscience des fils qui la manipulent ?
Jouant sur les niveaux de récit, entremêlant réalité et fiction où des personnages tirés de la première, prennent corps et grandissent dans la seconde, comme des figurines complexes nées d’un bloc de glaise. Sous nos yeux Ongaro crée la matière du récit, les personnages, l’intrigue et nous dévoile ses secrets de fabrication. Mais cette belle machinerie peut se détraquer. À travers cette métaphore du processus de création littéraire, cette dissection des ressorts de l’écriture romanesque, Ongaro nous amène un pas plus loin, vers l’angoisse et la terreur de l’épuisement de la veine créatrice, la fameuse feuille blanche. Et de la prédiction de la baronne, épée de Damoclès et ombre menaçante, à son affrontement jusqu’à la folie entre l’écrivain et son nègre, l’auteur décrit dans son roman le processus intérieur qui se joue, sans doute chez tout écrivain, créer inventer toujours sous l’ombre menaçante et inéducable de la fin proche, toujours plus proche, de l’inspiration.
C’est le quatrième livre et le troisième roman d’Alberto Ongaro traduit en français, le deuxième aux éditions Anacharsis. Le succès de La Taverne du doge Loredan, mais aussi le sentiment que roman après roman, Ongaro construit une œuvre littéraire complexe, dans laquelle il mène une réflexion particulière sur le romanesque, le processus de création, les niveaux de récits et leur interpénétration, apte à faire renaître une belle littérature populaire nous pousse à poursuivre notre collaboration.




