Famagouste

La Légende des soleils

suivie de l’Histoire du Mexique d’André Thévet

Anonyme

  • Paru en octobre 2007
  • 112 pages
  • 12,5x20 cm
  • ISBN : 9782914777407
  • Prix : 13 €

Traduit du nahuatl par Jean Rose

Le mythe des origines du monde selon les Aztèques, issu du texte nahuatl (la langue des Aztèques) La Légende des Soleils, et du manuscrit de L’Histoire du Mexique, saisit par des corsaires français sur un galion espagnol avant de se retrouver chez le cosmographe d’Henri III.

Les Aztèques adoraient le soleil… Non seulement ce lieu commun est littéralement idiot, mais surtout il permet de faire l’économie d’aller véritablement à la rencontre des récits fondateurs des anciens Mexicains. Les clichés suffisent généralement à se faire une opinion. Tandis que d’un côté, à peine leur nom est-il évoqué, surgissent les images effroyables des sacrifices humains à grande échelle, de l’autre s’élèvent aussitôt les voix éplorées des compatissants de tous poils indignés par la disparition d’une civilisation glorieuse dans le fer, le feu et le sang. Il est rarissime que l’on se risque à aller plus loin. Les deux textes présentés ici tentent l’aventure. Tous deux donnent à entendre la voix des Aztèques telle qu’elle a été sauvegardée, parcellaire mais bien vivante, au moment même de la Conquête.

La Légende des Soleils

Cette légende fut écrite en nahuatl au milieu du XVIe siècle au Mexique, et donne à lire les récits de la naissance de l’univers et des dieux. C’est ainsi que l’on apprend comment le monde fut anéanti à quatre reprises, durant les quatre premiers Soleils, et que le cinquième âge, le nôtre, est lui aussi voué à la disparition. Les dieux, nés du mélange des choses et des formes se sont dévoués dès les origines, par le sacrifice, au maintient en place de l’ordre cosmique, une mission qu’il incombe aux Aztèques, depuis Mexico-Tenochtitlan, de maintenir à leur tour.

L’Histoire du Mexique d’André Thevet

Ce petit récit du milieu du XVIe siècle, a une histoire différente. Il s’agissait sans doute à l’origine d’un codex pictural aztèque retranscrit en nahuatl puis traduit en espagnol. Le manuscrit partit pour l’Espagne sur un navire bientôt arraisonné par les Français, et atterrit dans les affaires d’André Thevet, le cosmographe d’Henri III. Celui-ci fit un résumé du manuscrit, désormais perdu, qui retrace à son tour la naissance du monde puis la conquête de Mexico par les Aztèques et la fondation de leur empire.

Un imaginaire du monde

L’un et l’autre, donc, se complètent et se prolongent. Ils sont les témoins, juste après l’écroulement de l’Empire aztèque, d’une parole, d’une pensée, d’une idéologie complexes et colorées. Le sentiment poignant de la précarité des choses, de l’entropie de toute vie écrasée par le poids du temps, nimbe ces récits d’une poésie surréaliste. La lutte de Quetzacoatl (Oiseau-Serpent), le fameux Serpent à Plumes, pour la sauvegarde des hommes face aux forces dévorantes se déroule ainsi parmi des dieux aux noms imagés de Miroir Fumant (Tezcatlipoca) ou Colibri de Gauche (le célèbre et terrifiant Huitzilopochtli, dieu tutélaire des Aztèques), ou encore avec l’aide des vers, des fourmis ou des abeilles, tandis que partout les fleurs chamarrées poussent et se fanent sous la face de la Lune, dont “ les rameaux de lauriers sont de riches plumes et ses épines, du jade ”.

Si La Légende des Soleils met en lumière la littérature aztèque, fort peu traduite, L’Histoire du Mexique illustre aussi les prémisses de la lecture du monde aztèque par l’Occident, entre horreur et fascination. Mais l’un et l’autre ensemble dévoilent un univers contrasté riche d’un imaginaire né d’une expérience singulière de la vie.

Anacharsis