Famagouste

Des Turcs

Traité sur les moeurs, les coutumes et la perfidie des Turcs

Georges de Hongrie

  • Paru en septembre 2003
  • 224 pages
  • 12,5x20 cm
  • ISBN : 9782914777063
  • Prix : 16 €

Suivi de La Peur du Turc par Michel Balivet
Traduit du latin par Joël Schnapp

Un réquisitoire ambigu contre l’islam turc, à la fois récit de captivité, prophétie apocalyptique et précis ethnographique par un dominicain qui appartint à une confrérie de derviches. Il en sourd une étrange fascination et une terrible angoisse, qui alimenta des siècles durant, et jusqu’à aujourd’hui, la Peur du Turc en Occident.

Au temps de l’Empire Turc, gouverné par la famille de ceux que l’on nommait encore les Osmanlis avant qu’ils ne deviennent les Ottomans, Georges de Hongrie, capturé tout jeune homme dans une bataille, passa près de vingt-cinq années en captivité en Turquie. À son retour en terre chrétienne, il se fit frère prêcheur, de l’ordre de Saint Benoît, et rédigea le Traité sur les mœurs, les conditions de vie et les perfidies des Turcs.

Rédigé vers les années 1480, il s’agit un pamphlet d’une rare violence - et très étrange - contre la « secte » des Turcs, les suppôts de l’Antéchrist, le Sultan, en l’occurrence Mehmet II le Conquérant. À la fois somme théologique, que Luther reprendra plus tard à son compte dans une préface pour vitupérer l’Église catholique romaine, c’est pourtant aussi bien un récit de captivité et, surtout, un document d’une rare précision sur les Turcs et les pays qu’ils occupaient à cette époque. L’œuvre relève pour un grande part de l’ethnographie, rédigée par un témoin qui ne peut se défendre d’un ambigu sentiment d’admiration pour ceux qu’il considère comme d’ignobles pourvoyeurs de la fin des temps. C’est peut-être surtout ici, dans cette ambiguïté qui court au long de pages revêtant tous les caractères du vivant, que réside la plus grande force de fascination du Traité. Voués à l’infamie, les Turcs y apparaissent pourtant comme le plus subtil, le plus raffiné, le plus sobre et juste des peuples. Une sourde angoisse suinte de tirades admiratives qui renvoient, de manière lancinante, à l’époque de captivité de l’auteur : en réalité, de fortes présomptions pèsent sur lui, qu’il laisse poindre par moment, et il n’est pas impossible que Georges de Hongrie, pieux moine de la fin du XVe siècle, n’ait été, à un moment indéterminé, un musulman fraîchement converti.

Le Traité prend alors l’allure d’un document rare, écrit par un homme à l’œil aiguisé, qui connu de l’intérieur ce dont il parle et qui, usé dans ses vieux jours, ne voit cependant plus dans l’Islam turc qu’une force invincible qui submergera tout l’Occident, le précipitant dans la Géhenne. Le Traité connu plusieurs dizaines d’éditions au XVe et XVIe siècles, alimentant l’effroi de l’Occident devant la menace que faisait peser sur lui les Janissaires de La Porte. Aujourd’hui, alors que l’Europe s’interroge sur sa propre identité en la mettant souvent en balance face à la Turquie moderne, il a paru important de traduire ce texte, qui rappelle que les mœurs ont évolués, mais que l’histoire pèse encore, qu’elle prend loin sa source, et les débats d’avenir qui s’engagent doivent être menés en conscience des peurs anciennes, sans doute pour pouvoir mieux les dominer.

Anacharsis